01 Avril 2026
« Ce n’est pas en prenant le vélo que je vais sauver la planète. » Quel raisonnement familier, n’est-ce pas ? Et il y en a plein d’autres : « Même si je fais l’effort de prendre le train, les autres ne renonceront pas à partir en vacances à Bali », jusqu’au fameux : « Et puis prendre l’avion une fois de temps en temps, ce n’est pas si grave ! »
Toutes ces pensées que l’on se répète pour légitimer le choix de la voiture pour aller au supermarché ou de l’avion pour partir en weekend tendent à minimiser l’impact individuel et traduisent le fameux : « À mon échelle, ça ne sert à rien. » C’est vite vu : la pensée influence nos choix, on s’enlise dans le sentiment d’être incapable de faire une différence, qui décourage encore plus l’action. Un cercle vicieux s’installe : parce que notre geste paraît insignifiant, on renonce à le faire, et parce que personne ne le fait, il continue de paraître insignifiant… Mais comment inverser cette tendance ? Comment contrer ce sentiment d’impuissance qui nous gagne toutes et tous à un moment ou à un autre de la vie ?
Comprendre la diversité des réponses psychologiques
Les changements climatiques suscitent des émotions puissantes (peur, tristesse, colère, culpabilité) qui, seules, ne suffisent pas à motiver l’action. La façon dont chacun y réagit dépend de ses valeurs, normes personnelles et facteurs sociaux ; ce sont autant de variables qui influencent le sentiment de contrôle sur la situation et l’impression d’être “efficace” face au problème. Vous l’aurez compris : plus notre sentiment d’avoir du contrôle est élevé, plus il est possible de surmonter l’effet démotivant des émotions négatives (Kappeller & Jäger, 2020 ; Clayton, 2020). Chacun-e se situe quelque part sur un continuum de sentiment d’impuissance.

« La Terre s’en remettra, elle en a vu d’autres. » Chez les sceptiques, on observe une inhibition comportementale : ces dernier-ères sont moins susceptibles de changer leur comportement face à l’information environnementale, car elles minimisent le risque ou rejettent l’information. Ce n’est pas forcément de l’impuissance, mais plutôt une perception faible de la menace (Kappeller & Jäger, 2020).
« À force d’en entendre parler, ça finit par me décourager. » À l’autre extrême, les très investi-es peuvent souffrir d’une éco-paralysie : un sentiment profond d’impuissance qui bloque toute action et peut générer une détresse psychique intense (Albrecht, 2011 ; Matasci, 2022).
Les êtres humains sont évolutifs ; la plupart d’entre nous, nous situons entre ces extrêmes et ressentons une impuissance ponctuelle, ou parfois plus diffuse. Dans ce cas, la personne continue sa vie quotidienne, mais avec un sentiment latent que ses actions n’ont aucun effet réel sur le climat, générant passivité et frustration (Salomon, Preston, & Tannenbaum, 2017 ; Said & Wölfi, 2025).
Pourquoi se sentir impuissant-e ?
Plusieurs facteurs expliquent ce sentiment :
- Le concept de learned helplesness développé par Seligman (1975) illustre bien le mécanisme : dans son expérience, des chiens soumis à des chocs inévitables finissaient par cesser d’essayer de s’échapper, même lorsqu’une sortie devenait possible. Le changement climatique partage certaines caractéristiques similaires : des conséquences massives, une impression de manque de contrôle individuel, et un lien peu visible entre nos actions et les résultats obtenus.
- La complexité des systèmes socio-économiques rend difficile de percevoir l’impact de chaque geste (Albrecht, 2011 ; Clayton, 2020).
- L’abondance d’informations, parfois contradictoires ou erronées, noie et confond, renforçant l’idée que nos efforts individuels sont dérisoires (Ágoston et al., 2022).
- Le value-action gap (décalage entre valeurs et comportements) ajoute à la frustration : beaucoup reconnaissent l’importance de protéger l’environnement, mais peinent à passer à l’action, renforçant le sentiment d’impuissance (Gardiner, 2006).

Pour se mettre en marche : savoir réguler son sentiment d’impuissance
Heureusement, ce sentiment n’est pas une fatalité ! En comprenant ces mécanismes, il est possible de raviver la volonté d’agir, et de transformer frustration et passivité en engagement actif.
Vers des solutions concrètes et accessibles
Pour contrer le sentiment d’impuissance, plusieurs stratégies cumulables se révèlent efficaces !
- Savoir quoi faire
S’informer sur des solutions concrètes et accessibles permet d’avoir le sentiment d’agir sur le problème ! Contre la pollution, se déplacer à pied ou à vélo pour les courts trajets, privilégier les transports publics lorsque c’est possible, ou encore regrouper certains déplacements du quotidien (Innocenti et al., 2023). D’abord des ajustements modestes, faciles à mettre en place au quotidien, sont autant de points d’entrée vers des pratiques de mobilité plus durables, qui préparent progressivement à des changements plus importants, comme partir en vacances d’été aux Grisons… step by step !
- Prendre conscience des résultats positifs
Voir que nos actions ont un effet concret renforce la motivation (Clayton et al., 2017). Une étude européenne majeure (Brand et al., 2021) révèle que l’impact est avant tout une question de régularité : remplacer un seul trajet quotidien en voiture par le vélo réduit les émissions liées au transport de 67%. Concrètement, cela représente une économie d’environ 7 kg de CO₂ par jour, soit plus de 2,5 tonnes par an. C’est l’accumulation de ces petits choix quotidiens qui fait la différence, un encouragement puissant à enfourcher son vélo, même sous la pluie !
3. S’engager collectivement
Participer à des actions collectives ou à des manifestations permet de mieux gérer l’anxiété climatique et de transformer les émotions négatives en motivation (Grand, 2023 ; Pihkala, 2019). Cela renforce la résilience et crée un sentiment de soutien partagé. Allez, rendez-vous à la prochaine critical mass !
4. S’informer par des médias constructifs
Rester au courant des impacts négatifs de nos comportements et des catastrophes naturelles est important… mais seules, ces informations peuvent aussi provoquer fatigue émotionnelle, perte d’espoir et baisse du sentiment d’efficacité (Said & Wölfi, 2025). En tant qu’humains, nous avons aussi besoin d’entendre de bonnes nouvelles… et elles existent ! L’étude de Said et Wölfi (2025) montre que les médias qui présentent des solutions, des initiatives et des exemples d’actions efficaces réduisent le sentiment d’impuissance et renforcent la motivation à agir. Alors, pourquoi s’en priver ?
5. Prendre conscience de la dimension éthique
Chaque geste a des conséquences pour autrui et la société : prendre son vélo plutôt que la voiture, par exemple, est un acte de justice climatique. Penser en termes de bien commun transforme l’engagement, renforce la persévérance et responsabilise sans culpabiliser. En Suisse, on le fait déjà : les seniors agissent surtout par souci moral pour les générations futures, préférant un sentiment de responsabilité à celui de culpabilité, considérant que chacun fait partie d’un système plus large (Grand, 2023).
À suivre : dans les prochains mois, nous explorerons d’autres angles de la mobilité pour vous accompagner à changer vos habitudes de mobilité.
Cet article a été écrit par A. de Franchi et relu par E. Berthouzoz
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