Série thématique : Une mobilité écologique, une transition psychologique
02 Mars 2026
Bienvenue dans notre nouvelle série thématique.
Nous lançons une série de petits articles mensuels, publiés sur notre blog, pour explorer des thématiques liées à l’environnement, la durabilité, la psychologie et les comportements humains.
Ces cinq prochains mois, nous nous intéresserons à un aspect fondamental de nos pratiques quotidiennes : la mobilité.
Qui sommes-nous ?
Les membres de l’association Pla[GE]stic sont issues des domaines de la psychologie et des sciences de l’éducation. C’est pourquoi, au cours de ce premier volet, nous aborderons la mobilité sous multiples facettes, en particulier celles liées à nos comportements, attitudes et croyances.
Pourquoi la mobilité ?
Tout d’abord, la mobilité, terrestre et aérienne, représente 27 % des émissions de carbone de la population genevoise (Ferrari et al., 2022), ce qui en fait un levier prioritaire d’action en raison de son impact significatif sur l’environnement.
Deuxièmement, son impact sur les lacs et les rivières peut sembler moins intuitif, mais il est néanmoins important. En effet, selon le rapport du Conseil fédéral (2022), 90 % des microplastiques rejetés dans l’environnement en Suisse proviennent de l’abrasion des pneus sur la chaussée. Ces particules se retrouvent partout : dans l’air, les sols et les eaux. Une synthèse des résultats réalisée en 2022 par l’Empa (institut suisse de recherche appliquée sur les matériaux et l’environnement) et wst21 (entreprise suisse d’études environnementales) indique que seul un quart de ces particules est retenu par les systèmes d’évacuation et de traitement des eaux, tandis que 16 à 39 % rejoignent les eaux de surface.
Les recommandations actuelles portent souvent sur les infrastructures ou sur l’adaptation des comportements de conduite comme la réduction de la vitesse ou la vérification de la pression des pneus. Mais ne faudrait-il pas reconsidérer plus globalement nos modes de transport ?

Pourquoi des psychologues s’intéressent-elles à la mobilité ?
Parce que les comportements pro-environnementaux sont souvent freinés par des mécanismes psychologiques et sociaux, parfois inconscients. Même avec de bonnes intentions, comme réduire ses déplacements en voiture, le changement reste difficile. C’est ce qu’on appelle l’intention behavior gap, ou «l’écart entre l’intention et le comportement» en français.
Mais cette « immobilité » de changement n’est pas insurmontable.
Des incitations douces pour des changements durables
Richard Thaler, économiste comportemental et prix Nobel, et Cass Sunstein, juriste américain reconnu, ont développé le concept de « paternalisme libertarien », qui cherche à orienter les choix tout en préservant la liberté individuelle. Dans leur best-seller Nudge! (2021), ils introduisent le concept éponyme : des interventions subtiles qui influencent les comportements sans contrainte ni coercition. Ces dispositifs agissent en structurant l’environnement de décision, en mobilisant certains biais cognitifs et heuristiques, et en facilitant des choix plus durables.
Ces stratégies sont particulièrement efficaces dans l’espace public et dans des contextes spécifiques. Elles ont déjà fait leurs preuves dans d’autres domaines tels que l’alimentation, où elles permettent de promouvoir une alimentation moins carnée via les normes sociales et l’option par défaut (Kurz, 2018 ; Ginn & Sparkman, 2024), ou dans le domaine de l’énergie, où l’aversion à la perte est utilisée pour encourager l’installation de panneaux solaires (Neumann et al., 2023).
Pour ce qu’il en est de la mobilité, certaines études montrent aussi leur potentiel :
- Le cadrage des messages en termes de gain : présenter les avantages des transports publics ou actifs de manière émotionnelle, normative ou favorable à la santé favorise leur adoption (Aravind et al., 2024).
- Les comparaisons sociales : informer les usagers de l’impact environnemental de leurs choix par rapport à leurs pairs augmente l’intention d’utiliser les transports en commun de 3,2 %, et la mobilité active de 4 % (Steffen et al., 2024).
- L’identité et l’ego : qualifier les usagers de « voyageurs durables » sur leurs cartes de transport augmente leur fréquence d’utilisation (Franssens et al., 2021).
- L’utilisation de déterminants psycho-sociaux : l’auto-efficacité et le soutien social : croire en sa capacité à changer et percevoir de l’encouragement de son entourage sont des leviers clés pour adopter des modes de transport durables (Skarin et al., 2019).

En conclusion, avec cette série thématique, nous vous invitons à découvrir, au fil des mois, pourquoi la mobilité est un enjeu qui nous concerne directement. En tant que psychologues, nous partagerons des clés de compréhension pour éclairer le rôle de nos comportements et les leviers possibles vers des changements durables.
À suivre : dans les prochains mois, nous explorerons d’autres angles de la mobilité pour vous aider à comprendre et peut-être à changer vos habitudes.
Cet article a été écrit par S. Forestier et relu par C. Bonhenblust
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