Série thématique : Une mobilité écologique, une transition psychologique
05 Juillet 2026
Bienvenue dans le quatrième article de notre série thématique autour de la mobilité.
Peut-être faites-vous partie de ces personnes qui s’impliquent au quotidien en faveur de l’environnement. Vous vous déplacez à vélo, voyagez en train, achetez bio et local, autant que faire se peut. Toujours un tote bag dans votre sac, vous tentez aussi l’achat en vrac. Vous triez, débranchez vos appareils électroniques la nuit, vous boycottez certaines entreprises, et ramassez même les déchets des autres. Et oui, les éco-gestes sont nombreux… et parfois, on en perd la tête.
Cet article cherche à reconnaître les efforts que vous fournissez, puis à vous soutenir lors de découragement. Alors que d’autres ne fournissent pas la moitié de vos efforts, vouloir tout arrêter, puis s’en sentir coupable n’est pas anodin. Souvenez-vous toutefois : les émotions positives sont génératrices de changement. Elles mènent à bon port. Cultivez-les et vivez-les pleinement car elles vous feront du bien, à vous autant qu’à l’environnement.
Partie 1. Le sentiment d’injustice
« Je veux bien prendre le vélo ou marcher plus souvent pour réduire la voiture mais… S’il y en a un qui prend son jet privé pour faire Genève-Zurich droit derrière, j’vois pas à quoi mes efforts servent. »
Et alors, tu fais quoi toi dans la vie ?
Je travaille dans la promotion de comportements pro-environnementaux.
Autrement dit, je cherche à encourager la population à se comporter de manière plus considérée et respectueuse de l’environnement.
Oh, intéressant ! Tu peux me donner un exemple ?
Bien sûr !
Imagine un quartier où stagnent les voitures aux heures de pointe. Supposant qu’aux volants, ce sont principalement les habitant.es du quartier. Mon travail est de chercher comment les encourager à changer de mode de transport et à opter pour une mobilité douce.
Imagine maintenant cet autre quartier – au bord d’une rivière – dans lequel la gestion des déchets fait défaut. Tous les jours, on retrouve des emballages sur les rives et des poubelles de tri mal utilisées. Je me pencherais alors sur la manière de changer les normes actuelles en gestion des déchets.
Je comprends mieux ! C’est valeureux comme travail… mais je me pose quelques questions.
Personnellement, je ne comprends pas pourquoi c’est toujours à la population de faire des efforts et de prêter attention à leurs faits et gestes alors qu’il y a des grosses entreprises qui investissent dans le pétrole et des individus aisés qui font Zurich-Genève en jet privé.
Ton commentaire est pertinent…
Il est basé sur un sentiment d’injustice et une comparaison d’échelle d’impacts. Les changements ne doivent pas être uniquement au niveau de la population : les politiques publiques et les entreprises doivent aussi jouer leur rôle.
Mais tu sais, le comportement individuel aussi a un impact – il exerce une influence. Et ça… ce n’est pas à négliger.
Partie 2. De l’émotion négative à l’action positive
Ella a 31 ans. Elle a choisi un quartier où tout est accessible à pied selon le concept de « la ville du quart-d’heure » (Moreno et al., 2021). Elle aimerait que ses deux filles grandissent dans un environnement sain, où la nature et le social font bon ménage. Chaque deux jours, elle se rend à l’épicerie à 5 minutes de vélo de chez elle ; les produits sont bio, les fruits et légumes proviennent des maraîchers de la ville, les laitages sont de la ferme la plus proche et la plupart des produits sont vendus en vrac. Certains mardis, Ella se rend directement au marché après avoir déposé ses filles à l’école. Seulement voilà, depuis deux semaines, Ella se sent découragée. Elle sait qu’elle fait de son mieux mais l’autre jour, elle a pris sa voiture pour faire ses courses – elle était fatiguée. Quelques jours plus tard, elle a acheté du surgelé en grande surface – elle avait peu de temps à disposition pour faire autrement. A la maison, elle a cuisiné et jeté les emballages avec une pointe de culpabilité. Depuis deux jours, elle souffre de la chaleur et ne peut s’empêcher de relier cela au réchauffement climatique… soudainement, elle a envie de tout lâcher. Ella se demande à quoi servent tous ses efforts, elle aurait envie de simplifier les choses mais elle se ronge déjà les ongles à l’idée de ne pas prendre soin de ses filles, de leur santé, et de l’environnement. Elle est découragée.
Connaissez-vous le terme « charge morale » – la cousine écologie de la charge mentale – ? Propre au domestique, elle apparaît chez qui cherche à verdir son foyer (trier, zéro déchet, acheter bio et local, utiliser des éponges réutilisables etc.) et est plus fréquente chez les femmes (Socialter, 2020). Cette charge provient d’une pression quotidienne, parfois amplifiée par des phrases culpabilisantes telles que : « Il n’y a rien de plus simple que de monter sur son vélo pour traverser la ville ! ». Qu’est-ce qui contribue à cette charge morale ? La culpabilisation. Celle-ci émerge lors d’un décalage entre responsabilités globales et choix quotidiens (Verticus, 2020).
Eh oui, les émotions négatives ne sont pas d’une grande aide. Hickman et al. (2021) soulignent que l’éco-anxiété et l’insatisfaction envers les réponses gouvernementales sont courantes chez les jeunes de 16 à 25 ans. Cette étude menée sur plusieurs pays dans le monde montrait l’impact négatif de ces émotions sur le fonctionnement quotidien des individus. Par ailleurs, un article de Novethic publié en 2022 stipule que face à l’inaction des Etats, certain-es citoyen-nes abandonnent les éco-gestes par désillusion.
Ainsi, certaines émotions négatives telles paralysent davantage qu’elles ne motivent. Est-ce toutefois une raison de s’arrêter là ? Non. Markowitz (2012) sut mettre en avant, chez des jeunes adultes, leurs intentions d’adopter un comportement pro-environnemental lorsqu’ils croyaient au changement climatique, et ceci étant expliqué par un sentiment d’obligation morale personnelle d’agir. Effectivement, reconnaître ses efforts et transformer la culpabilité en source d’engagement devient un levier essentiel à l’action pro-environnementale (The Conversation, 2026, 12 avril).
Partie 3. Cultiver les émotions positives
« Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde. » – Ghandi
Imaginez-vous un lieu en pleine nature, une tranquillité apaisante.

Qu’entendez-vous ?
Un vent calme dans les arbres, quelques sons d’oiseaux, des craquements de branches.
Que sentez-vous ?
L’odeur de humus, d’humidité fraîche du matin, de pin.
Que voyez-vous ?
Du vert à profusion, des formes infinies, de la lumière douce et bienveillante. L’envie de prendre soin de ce lieu, de le respecter avant tout.
Vous ressentez de la gratitude pour ce lieu qui vous apaise et abrite pléthore d’autres êtres vivants qui vaquent à leur vie. Imaginez-vous maintenant agir au quotidien – non pas par pression ni par devoir, mais bien par amour – dans la conscience et le respect et pour cette nature. Ressentez cette chaleur, cette satisfaction, cette paix qui vous anime et vous redonne sens au fait de poursuivre vos actions bienveillantes.
Comment vous sentez-vous – là, tout de suite – n’est-ce pas agréable ?
Adopter des éco-gestes ou produire des comportements pro-environnementaux est parfois source de sentiment d’injustice, de culpabilité ou d’anxiété. Doit-on pour autant s’arrêter là ? Agir pour le bien-être d’autrui et de son environnement… ça fait aussi du bien ! Les émotions négatives paralysent, mais les émotions positives motivent.
Venhoeven et al. (2020) montrent qu’agir pour l’environnement est agréable et bénéfique pour son bien-être, notamment parce qu’adopter des pratiques écologiques – ou « going green » – donne sens à ses actions. Par ailleurs, Zeier et al. (2025) concluent que lorsqu’on est confronté à des menaces climatiques, adopter un comportement pro-environnemental suscite des émotions positives : cela augmente l’espoir et réduit la peur. Ils définissent d’ailleurs de réponse émotionnelle adaptative le fait de puiser cet espoir tout en conservant un certain niveau de préoccupation et de responsabilité face à la menace environnementale.
Les émotions jouent donc un rôle central dans les processus de pensée et de jugement, Brosch & Steg, 2021, ne manquent pas de le rappeler. Alors pourquoi ne pas agir à son échelle, avec conviction et honnêteté ? Il n’est pas nécessaire de se culpabiliser, ni de subir une pression sociale qu’on s’inflige soi-même ! Être quotidiennement fier-e de ses actions bénéfiques pour l’environnement est essentiel pour leur pérennisation.
Partie 4. Des pistes à impact pour continuer à agir
Ne portez pas le sort de la planète sur vos épaules, portez votre propre responsabilité.
Si vous vous posez encore la question « Est-ce vraiment utile que je prenne la peine de penser à chaque faits et gestes pour assurer une empreinte carbone la plus basse possible ? », la réponse est… évidemment que oui, mais pas en culpabilisant et en rendant sa vie insupportable !
Selon l’entreprise Carbone4, « L’un des symptômes du retard au démarrage de la transition est une certaine tendance à considérer que l’action doit prendre place « ailleurs que chez soi », tout en revendiquant parfois une action prétendument suffisante à sa propre échelle. » (Soyeux & Dugast, 2019).
Il nous a donc paru important de vous proposer comment transformer peur, culpabilisation ou sentiment d’injustice en émotions positives qui favorisent l’action. Si vous agissez déjà, quotidiennement, en conscience et avec respect pour l’environnement, soyez fier-es de vous et ne vous incriminez pas en cas de découragement… Vous êtes aussi humain-e. Si vous avez besoin d’un coup de pouce pour savoir où commencer ou continuer, voici une suggestion de domaines qui – par ordre d’impact selon un article de Carbone4 (Soyeux & Dugast, 2019) – permettent de réduire l’empreinte carbone :
- Manger moins de viande
- Changer de façon de se déplacer
- Chauffer moins et mieux le logement
- Acheter moins neuf
- Changer de banque
Les articles de cette édition « Mobilité » vous aident à aborder la deuxième catégorie. Quoi qu’il en soit, choisissez déjà un domaine qui vous est envisageable et faites de votre mieux avec esprit critique et bienveillance. N’oubliez pas que votre comportement influence votre entourage. Les effets boule de neige (les actions individuelles s’accumulent et finissent par peser sur les politiques publiques) et d’essaimage (les niches se normalisent et participent aux transitions sociétales) existent.
Pour qui vit à Genève, le Concept Cantonal du Développement Durable 2030 (Etat de Genève, 2017) et le Service de l’Agenda 21 (Ville de Genève, 2011) offrent un cadre politique favorable au changement en faveur de la durabilité. De multiples associations et projets ont déjà fait surface et ne cherchent qu’à fleurir davantage. Rappelez-vous : L’on fait rarement ce qu’on nous dit, mais on imite souvent ce que l’on voit (Kumar, 2013).
Cet article a été écrit par C. Bohnenblust.
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